Les origines : entre étymologie et vestiges antiques
Deux principales thèses s'affrontent quant à l'origine du nom de Soings. La première suggère un dérivé des radicaux gaulois « so-am » ou « so-an », signifiant « sur le bord du lac ». La seconde évoque une ville de marché, « Sogiamagos » (de magos, le marché), bien que l'origine exacte du terme sogia reste mystérieuse.
Quoi qu'il en soit, Soings peut s'enorgueillir d'une riche antiquité. Les historiens s'accordent à dire qu'un important site gallo-romain de Sologne y prospérait, occupé tour à tour par une garnison romaine et, selon la tradition, par un collège de druides gaulois — une hypothèse étroitement liée au fameux lac de Soings, autrefois vénéré comme un lieu sacré.
L'ancienneté du site est attestée par de remarquables découvertes archéologiques :
Le cimetière romain : situé à la sortie du bourg, entre la route de Gy et le chemin du Grand Orme, il a livré des urnes funéraires, des vases en terre cuite contenant des ossements, des lacrymatoires et des pièces de monnaie datant des empereurs romains (certains de ces objets sont aujourd'hui exposés à la mairie). Ces fouilles témoignent de pratiques d'inhumation et de crémation dès les premiers siècles de notre ère.
Les tumulus des « Montanjons » : ce site (anciennement monts aux ajoncs) a révélé des vestiges de retranchements en bois et une importante nécropole gallo-romaine au mobilier funéraire précieux, le tout à proximité d'une ancienne voie romaine.
Du Moyen Âge au tournant de la modernité
Après la période antique, Soings redevient un village solognot typique, placé sous l'influence du comte de Selles et subissant les rythmes de l'histoire régionale. La vie quotidienne y reste longtemps rude et isolée.
Il faut attendre le XIXe siècle pour voir s'amorcer de profondes transformations. L'arrivée progressive des routes, le désenclavement ferroviaire (grâce à la gare de Fontaines), les grands travaux d'assainissement (fossés et étangs) et les progrès techniques améliorent durablement les conditions de vie des habitants.
L'église Saint-Jean-Baptiste
Bâtie sur des fondations plus anciennes, l'église du village est reconstruite au XIe siècle sous le vocable de Saint-Jean-Baptiste. Ce choix de saint protecteur trouve peut-être un écho dans l'ancien culte de l'eau associé au lac sacré voisin.
En 1121, l'édifice devient la propriété de l'abbaye de Pontlevoy, qui nommera les curés successifs jusqu'à la Révolution. Après les ravages de la guerre de Cent Ans et les périodes de négligence, le chœur est reconstruit à la fin du XVe siècle, tandis que la nef et le clocher sont restaurés au XVIe siècle.
La curiosité locale : Le lac de Soings
Véritable énigme géologique au cœur de la Sologne, le lac de Soings fascigne depuis toujours. Situé à l'ouest du bourg (bordé par la route de Sassay, celle de Contres et la butte du Chatelier, ancien poste de surveillance romain), il prend la forme d'une vaste cuvette naturelle :
- Superficie : de 60 à 100 hectares selon les variations des eaux.
- Dimensions : environ un kilomètre de long sur cinq cents mètres de large, pour une profondeur d'environ 5 mètres en période de plein eau.
D'un point de vue scientifique, le lac se situe à la jonction entre les anciens sables de Sologne et la mer des faluns de l'ère tertiaire (on y trouve d'ailleurs encore des coquillages fossiles). Mais son originalité réside surtout dans son comportement hydrologique : ses variations de niveau ne semblent obéir à aucune corrélation logique avec le régime des pluies.
Légendes et mystères
Face à tant de mystères, l'imaginaire solognot s'est emparé des lieux. La tradition populaire attribue la naissance du lac aux fées et murmure que de fabuleux trésors y dorment cachés.
On raconte ainsi qu'au cœur de la nuit de Noël, au moment exact de l'élévation, ces richesses s'offrent brièvement aux regards. Une jeune fille, s'attardant sur le chemin de la messe de minuit, aurait aperçu un tel trésor s'entrouvrir dans la tranchée du lac. Revenue en toute hâte chercher une compagne pour l'aider à le transporter, l'instant magique s'était évanoui, laissant seulement place à une flamme vacillante...
Une réputation royale
De tout temps, le lac a fait l'objet d'une intense activité de pêche. Dès le Moyen Âge, le produit des pêches était soigneusement consigné par les comtes de Blois.
Les carpes de Soings, particulièrement renommées grâce au fond sablonneux du lac, s'invitaient régulièrement sur les tables les plus prestigieuses :
Philippe de Béthune, seigneur de Selles, en offrit à son frère le célèbre duc de Sully, qui les fit à son tour découvrir au bon roi Henri IV.
Louis XIV lui-même ne se lassait pas de déguster ces savoureuses carpes lors de ses séjours au château de Chambord.
Sous le Premier Empire, le roi d'Espagne Fernand VII, alors en résidence forcée au château de Valençay, profita également de son séjour pour se régaler des fameux poissons du lac de Soings.







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